Rêve d’Atlantique

Rêve d’Atlantique

En ce matin du 26 novembre 2013 la bonne mère fait tomber quelques larmes de pluie sur Marseille, Marseille qui a mis son manteau gris des mauvais jours. L’hiver pointe son nez et c’est ce moment que nous avons choisi pour larguer les amarres réalisant enfin le rêve de toute une vie. Les Amis sont là, on retrouve chez chacun des sentiments différents, tristesse, envie, joie, soucis mais chacun a le sourire et fait contre mauvaise fortune bon cœur.

Tout a commencé il y a quarante ans dans le laboratoire de prothèse de la faculté de chirurgie dentaire de Marseille, au Pharo, quoi de plus normal la faculté surplombait le vieux port où sont rangés sagement les objets de tous nos désirs.

Cinq années ont passées, la décision est prise nous nous lançons dans la construction amateur. De longues heures de discussions, aidé en cela par André MAURIC, nous achèterons des coques pontées signées d’un grand nom. C’est en Angleterre à Penryn exactement (en Cornouailles) que nous tomberons en extase devant le prototype d’un nouveau chantier, le Condor 37, un plan STEPHENS. C’est le coup de foudre, nous essayons le bateau deux jours de suite, c’est lui.Daniel est là, devant son établis, blouse blanche et coiffure afro. Dés qu’il commence à parler mer et bateaux ses yeux s’illuminent. Entre deux prothèses on parle bateau, il a un corsaire qu’il va changer pour un Samouraï avec comme projet faire des régates, je serai son équipier. Qui aurait pu imaginer à cet instant qu’une Amitié hors pair aller naître.

Je retourne voir André MAURIC pour lui montrer les plans et avoir son avis, il confirme notre choix. La négociation (en Anglais) avec le chantier m’incombe, cela va être rude, mais j’arrive a nous faire offrir les moteurs, et a avoir presque tout l’accastillage de pont au prix chantier.

En Février 1979 les deux coques arrivent à la Penne (chez moi) où nous avons aménagé un chantier. Les coques sont sur une dalle en béton, elles sont reliées par une plateforme sur laquelle on se rend par une échelle. Jouxte au chantier une grange de 160 M² qui sera notre atelier.

Après avoir sué sang et eau, traversé des tourmentes familiales (bien souvent le bateau n’est pas «  le bonheur des Dames »). Nous avons tout conçu, presque tout réalisé, mille merci à ceux qui ont cru en nous et nous ont accompagné un petit bout du chemin. C’est après 17 ans que la mise à l’eau se fera le 4 Avril 1996.

Corbière, les deux bateaux sont là sur le quai, ils attendent avec impatience de rejoindre la Grande Bleue, tous les amis sont là, les familles aussi avec plus ou moins d’enthousiasme (je parle pour moi). Il y a du retard les gens s’impatientent, et puis ça y est Gran Cap sera le premier à toucher l’eau, sa marraine (la Maman de Daniel) est toute émue au moment de casser la bouteille sur la pièce d’étrave. Puis se sera au tour de Penryn d’être baptisé par mon amie Geneviève. Ils flottent, aprés vérification, tout est Ok, nous pouvons lancer l’apéro prévu pour souhaiter ça. Un grand moment de bonheur, ça y est on va pouvoir en profiter……. enfin presque.

Les bateaux sont à l’eau, mais il faut encore les mâter et les préparer pour leur première traversée, l’Estaque le vieux port où nous attendent deux places côte à côte. Nous n’osions même pas l’envisager, avoir chacun une place au vieux port faisait partie de nos espoirs, mais dans le même Club et en plus côte à côte. Merci à ceux qui ont oeuvré en ce sens, profitant d’un concours de circonstance sur mesure.

Le bateau a occupé notre vie presque en permanence, il ne se passait pas deux jours sans que l’on se voie ou que l’on se parle, nous partagions également nos vacances avec les deux bateaux. Au Club les gens étaient tellement habitués à nous voir ensemble qu’un grand nombre pensait que nous étions parents, beaucoup nous appelaient « les frangins ». Je dois dire que Daniel est le frère que j’aurais aimé avoir, avec qui on partage tout, la joie, les peines, de voir l’autre bien est un bonheur pour l’autre, et une souffrance dans le cas inverse. Nous avons bien sur d’autre Amis, de vrais Amis mais Dan et Miche c’est autre chose.

 

L’idée de partir avait été mise en sommeil, dans le projet originel nous devions partir ensemble mais avec deux bateaux et en couple ou en famille. La donne à changé, ainsi va la vie. J’ai eu des problèmes de santé, l’age aidant nous n’étions plus les fringants marins du début. L’idée a germé petit à petit, jusqu’au jour où nous avons soulevé la question simultanément «  et si nous partions ensemble, entre hommes, avec un seul bateau ». C’était maintenant où jamais, Daniel allait avoir 70 ans et moi 65. Nous sommes arrivés à la conclusion suivante, aujourd’hui on peut encore le faire, faisons le.

 

Michel

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